Déménagement: accompagner les émotions des enfants


Vous déménagez prochainement en famille? Ou vous venez juste de le faire? Avez-vous prévu un  temps pour dire “au-revoir” à votre ancienne maison? Nous avons déménagé il y a quelques semaines, c était la deuxième fois en 18 mois. Très heureux de ce nouveau départ, nous nous sommes concentrés sur l’avenir mais les enfants nous ont rappelé ensuite que nous avions oublié une étape fondamentale dans notre déménagement. Je vous partage notre expérience car je pense que nous avons fait une erreur  assez classique, facilement évitable quand on y est sensibilisé et très utile pour que les enfants vivent bien ce gros changement.

Lorsque la famille déménage, on parle de l’avenir pour aider les enfants en se projeter dans la nouvelle maison.

Il  y a deux mois maintenant que nous avons quitté notre ancienne maison et pris place dans la nouvelle. Nous sommes très heureux de ce déménagement car la maison où nous étions pendant ces 18 mois était une maison que l’on nous prêtait, une solution intermédiaire en attendant de retrouver notre nid, c’était une étape vers une solution plus définitive.
C’est donc avec une vraie joie que nous avons abordé le déménagement. Nous en avons beaucoup parlé avec les enfants. Ils ont participé au choix de la maison (du haut de leur 3 et 5 ans!). Ils l’ont visité plusieurs fois avant, je leur ai fait voir les 3d, nous avons beaucoup parlé de l’organisation générale, de comment nous allions aménager les pièces, etc.
Toute cette organisation en amont pour aider les enfants à se projeter dans leur nouvelle maison semble avoir bien fonctionné car ils y sont bien. Ils y ont vite trouvé leur marque, on sent qu’elle leur correspond. Pas de monstre ici, ils jouent facilement dans leur chambre (et ferment même la porte de temps en temps!)

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Le stress des enfants lié au déménagement.

Pourtant… Pourtant depuis le déménagement on sent bien que quelques choses les dérange, tous les deux. Stellina a pas mal régressé, même si maintenant cela va mieux, elle a un sommeil agité et est plus agressive, très directive. Biscotto, lui, est très agité, nerveux, à la maison comme à l’école.
Clairement même si on a fait de notre mieux pour qu’ils soient bien dans la nouvelle maison, même si on a l’impression qu’ils y sont bien. Ils nous envoient des signes d’un mal être nous indiquant que nous avons loupé un truc et  quelque chose n’est pas passée.

Alors je me suis renseignée…il semblerait que pour les enfants, un déménagement soit comme une sorte de deuil… Le mot est fort! Et c’est pas mal culpabilisant pour les parents qui, comme nous, en ont  fait vivre deux à leurs enfants si jeunes ( 3 et 5 ans) en l’espace de quelques mois. Mais bon, se faire bouffer par la culpabilité ne va pas nous aider, hein. Nous on sait qu’on a fait cela avec les meilleurs intentions donc essayons plutôt de voir comment les aider.

déménager avec des enfants, superliposes.com

Déménager c’est d’abord quitter ses repères, surtout pour un enfant.

A bien y réfléchir cette histoire de deuil quand on déménage n’est pas si farfelu. Nous, adultes, on se projette sur le futur sur tout ce qui sera mieux après. Mais en vrai on quitte quand même une maison où on a passé du temps, où on a des habitudes, où on a créé des souvenirs. Et finalement que l’expérience soit bonne ou mauvaise dans cette maison, cela ne change pas grand chose au fait que les enfants quittent leurs repères, leurs habitudes et ça c’est toujours très dur pour eux. Ils partent pour une nouvelle aventure et même si les parents semblent hyper emballés ( ce qui est bien-sûr déjà rassurant) c’est toujours un nouveau départ qui va demander un moment d’adaptation sans les repères que l’on avait avant. Rajouter à cela que les enfants ont beaucoup plus de mal à se projeter dans l’avenir que nous. Ils vivent le moment présent à fond. Cela est enviable dans bien des situations mais dans le cas d’un déménagement, on peut bien comprendre à quel point cela peut être angoissant pour eux.

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Chez nous effectivement on a très peu parlé de ce qu’on quittait, de  ce que l’on perdait en déménageant, parce qu’on leur avait toujours dit qu’on y resterait pas. Nous nous sommes focalisés sur l’avenir, nous avons essayé de les motiver, de les aider à visualiser au mieux le futur et je crois que nous y sommes assez bien arrivés. Mais on est complètement passé à coté des émotions liées au départ, à la perte de cette maison.

Je vois deux raisons à cet oubli:

1/D’abord je n’avais pas conscience que cela pouvait autant les remuer et que les accompagner là dessus était si essentiel . Ils étaient tellement enthousiastes! ils n’ont jamais exprimé que ce départ les affectaient (ils sont restés dans la même école avec les mêmes copains. Cela semblait facile, beaucoup plus que ce qu’ils avaient fait 18 mois plus tôt quand on a changé de pays et de rythme de vie.)

2/Pour moi par contre, quitter cette maison ce n’était pas anodin. C’est la maison de mes grands-parents où j’ai passé beaucoup de temps enfant et où j’ai des milliers de souvenirs. En la quittant, c’est una page qui se tourne définitivement. La maison est vendue, une autre famille va y inviter son histoire. C’est positif, hein! Mais c’est une page qui n’est pas facile à tourner pour moi. Alors pour me protéger et mes enfants avec, nous n’avons pas fait de cérémonie d’adieux, nous avons fait nos cartons en nous focalisant sur nos projets à nous qui allaient enfin prendre forme.

Je partage cette expérience avec vous ici car je crois que c’est une erreur que font beaucoup de parents. Ce n’est que lorsque nos enfants montrent des signes de stress que l’on réalise qu’il leur a peut-être manqué une étape. Chez nous cela a été tout de suite mais pour en avoir discuter autour de moi, j’ai eu plusieurs témoignages de parents qui me racontaient la même difficulté pour leurs enfants, parfois apparue plusieurs mois après.

Déménager en famille, superliposes.com

Déménager: une étape importante qui crée des émotions fortes pour les enfants

Même si ce n’est qu’un bien matériel, même si on emporte tous ses jouets et que sa nouvelle chambre sera encore plus belle, même si on déménage que de quelques mètres et qu’ils pourront continuer à aller dans la même école avec les mêmes copains, un déménagement c’est une étape importante dans nos vies, pour les grands comme pour les petits.

J’ai compris que cela engendre (ou du moins peut engendrer) des émotions fortes et même parfois contradictoires (de la joie, du soulagement, de la peur, de la tristesse). Il est important que toutes ces émotions puissent être exprimées, pour être accompagnées si besoin. On a le droit d’être à la fois triste de quitter la veille maison et d’être content d’aller dans la nouvelle. On a le droit d’avoir peur de déménager même si la veille maison, trop grande, nous faisait peur et qu’on ne voulait pas rester seul à l’étage à cause des monstres. On a le droit de pleurer même si tout le monde semble content.

Accompagner les enfants dans leurs émotions c’est plus facile quand  nous sommes au clair avec les nôtres. D’autant que les enfants sont des éponges et savent bien détectés si nous sommes stressés, si quelque chose ne va pas. Le plus “efficace” je crois c’est d’être honnête. Leur dire avec des mots simples que l’on est très content d’aller dans la nouvelle maison (si c’est le cas, comme pour nous) mais quand même temps nous sommes émus et un peu triste de laisser cette maison. Dans mon cas, cela aurait pu être l’occasion de leur raconter mon enfance ici (ils sont tellement friands des histoires de mon enfance!). Il est ensuite important de leur dire que ces émotions appartiennent aux parents et que c’est à nous de les gérer, pas à eux. Ce qui peut être déjà un grand soulagement pour eux. Ensuite nous pouvons les inviter à parler à leur tour s’ils le souhaitent ou alors nous pouvons faire une petite cérémonie “d’au-revoir”. Cela peut être faire un dessin, écrire dans une boite 5 beaux souvenirs chacun que l’on a dans cette maison, lâcher un ballon (OK c’est pas très écolo…) ou simplement réfléchir ensemble à ce que nous pourrions faire….L’idée est de prendre un vrai temps, tous ensemble, pour dire au-revoir, tourner la page. Ce sera plus facile ensuite d’écrire la prochaine.

 

Ici les choses se calment petit à petit. Je sens bien un cumul de sentiment très différent, difficile à gérer tous ensemble, Pour Biscotto ce qui est ressorti, c’est que le départ d’Italie a été dur. (c’était il y a 18 mois mais ce nouveau déménagement a fait ressortir des choses qu’il n’avait pas encore dites). Il est encore nostalgique de cette époque même si sa mémoire s’effrite et qu’il est bien ici. Le premier soir où il a dormi dans la nouvelle maison il m’a dit “ maman, maintenant on ne déménage plus jamais OK?”. Dans cette petite phrase il a exprimé tout ce que cela lui coûtait de devoir se réadapter à nouveau et son envie  de stabilité. Mais en même temps quand je lui ai confirmé qu’on était là pour un long moment, je lui ai aussi dit (sans lui dire) qu’on ne retournerait plus en Italie et qu’on n’irait pas à Paris non plus. Nous restons là avec ses copains d’ici mais sans ceux d’Italie et  sans être près du travail de son papa qui nous  rejoins seulement le week-end. La situation est désormais stabilisée, dans sa tête maintenant il lui faut aussi faire le deuil de tout ce que cela ne sera donc pas. C’est effectivement beaucoup pour un petit garçon de 5 ans!

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Je suis très émue en vous écrivant ce texte parce que je me dis que ce n’est quand même pas rien ce que ces deux petits loulous ont déjà vécus dans leur vie. Pourtant cela n’a rien extraordinaire, dans ma famille on était trois cousins à déménager en l’espace de 3 mois, tous avec des enfants! J’ai aussi plusieurs amis expats qui traversent le monde en famille et font leurs valises tous les 3 ans. Je pense aussi aux familles qui se décomposent, qui se recomposent. C’est beaucoup de changement pour les enfants qui vont (aussi) devoir reprendre leurs marques dans un nouveau lieu de vie. Je crois que quand le changement de vie est important, nous sommes plus attentifs à accompagner les enfants. Dans le cas d’un divorce, nombreuses sont les familles qui font appel à un psy pour les accompagner dans ce changement. Là je voulais sensibiliser les familles qui font un changement plus “simple”, positif  pour qui il est facile de se concentrer sur le futur : n’oublions pas à quel point la maison est un lieu  ressource pour nos enfants  et en changer est une étape importante qu’il va falloir accompagner. Apprenons à dire au-revoir, avec gratitude, pour mieux avancer sereinement vers notre avenir en famille.

Et vous? Comment s’est passé votre déménagement avec vos enfants? Comment ont-ils vécus le deuil de leur ancienne maison? Comment avez-vous dit au-revoir aux murs? Racontez nous vos bonnes et mauvaises expériences pour aider les futures familles en transition. Merci.

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