File dans ta chambre! (La colère de nos enfants) 5


Tout a commencé un peu par hasard: en préparant l’interview de Shirley Ze Pap, j’ai visité son site, regardé les articles qu’elle propose. L’un d’eux a particulièrement attiré mon attention: le coussin de colère. Intriguée, j’ai lu son article où elle explique son fonctionnement et j’ai adoré! Oh, comme j’aurai aimé qu’on m’offre un tel coussin quand j’étais enfant!

Le coussin, son article m’ont vraiment remué, j’ai revécu plein de choses de mon enfance si colérique… J’ai eu envie d’approfondir, de voir s’il existait d’autres accessoires dans le même genre et je me suis dit que ce serait parfait comme thème à aborder pour notre tour de blogs mensuel “les rendez-vous de l’enfance”. Voici donc ma contribution à notre thème du mois “la colère de nos enfants” faite de mes lectures, mes expériences d’enfant et celles d’adulte qui essaie de se diriger sur la voie de la parentalité positive.

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Un coussin de colère par Shirley Ze Pap

La colère finalement qu’est ce que c’est?

Je pense que le premier pas, si on veut essayer de gérer la colère, est d’essayer d’apprendre à la connaitre, à la reconnaitre. On pourra ensuite réfléchir à des moyens pour la canaliser quand elle arrive ou même l’éviter.

Voici ce que j’ai (enfin) compris au fil de mes recherches:

La colère est un sentiment très fort, très difficile à gérer même pour nous adultes. Elle “touche” particulièrement les enfants entre 18 mois (quand ils savent marcher et commencent leur conquête vers l’autonomie) et 7 ans (qui serait “l’âge de raison”) mais dès 4 ans ça va déjà souvent mieux.

C’est une émotion qui nous envahie et qui fait peur (pour celui qui la vit et aussi pour ceux qui sont autour). Mais c’est une émotion naturelle, surtout pour les enfants, elle permet de décharger un trop plein d’énergie accumulée face à de nombreux stimuli qu’ils ne savent pas encore gérer. La colère, c’est comme une grosse tempête qui peut tout dévaster sur son passage mais qui ne dure que quelques instants (15 min max) et ensuite c’est le retour du beau temps.

Quand l’enfant se fâche, fait une crise de rage, il ne fait rien d’autres que faire sortir ce trop plein d’énergie, il n’y a aucune malice derrière, il ne cherche pas à nous manipuler et ne demande qu’à retrouver son calme. Il ne le fait pas contre nous, mais pour lui parce qu’il ne peut plus gérer autrement.

Accepter cela, comprendre la détresse de l’enfant derrière cette crise plutôt que la fourberie que nous adulte voulons souvent y mettre, c’est déjà faire un grand pas dans notre relation avec notre enfant.

Des accessoires pour parler de la colère.

Ce que j’ai trouvé particulièrement intéressant dans l’idée du coussin de colère, c’est qu’en introduisant cet accessoire à l’enfant il donne l’occasion d’en parler en dehors des crises. Personnellement, je crois beaucoup à la verbalisation des sentiments, des émotions. C’est pour moi, la base des relations humaines. Et c’est, entre autre, à nous parents d’apprendre à nos enfants à nommer leurs états d’âme.

Ce coussin est l’occasion d’expliquer à l’enfant ce qui lui arrive quand la colère l’envahie, de lui proposer des solutions (taper sur le coussin) pour la faire disparaitre et de lui dire que NOUS AUSSI parfois on se met en colère et ce que l’on fait quand ça arrive.

Lui dire qu’il n’est pas seul, que ce n’est pas mal mais simplement fort et essayer d’apprendre ensemble d’autre manière de s’exprimer, voilà tout ce que je vois derrière l’achat d’un coussin de la colère pour son enfant.

Voici différents solutions que j’ai trouvé sur le net pour parler de la colère avec nos enfants:

cartes emotions Bougriebouillons

extrait des cartes à émotions de Bougrie à télécharger gratuitement sur son blog Bougriebouillons

le tableau à émotion: un accessoire que je trouve très utile pour apprendre à distinguer ses sentiments et les définir. Il s’agit d’une affiche (que l’on peut éventuellement faire soi-même en demandant à l’enfant de mimer différentes émotions qu’il peut rencontrer) où l’enfant viendra placer un petit aimant sur la case adaptée à son humeur du moment. Vous trouverez ici le récit de Caroline du blog Apprendreaeduquer qui en a fait l’expérience avec sa fille quand elle avait 4 ans et demie. Elle l’avait mis sur le frigo, ce qui permettait à la famille d’être informée des états d’âme de la demoiselle dès qu’elle bougeait une case. Placé dans la chambre de l’enfant, le tableau n’aura sans doute pas la même fonction: plus qu’anticiper, il permettra de revenir sur l’évènement sans en faire un débriefing compliqué avec trop de mots.

le théâtre de marionnettes: c’est une idée proposée par Elsa Grangier que j’ai, bien sûr, trouvé sur le site des Maternelles. Elle propose de rejouer la scène de la colère dans un spectacle de marionnettes, le tout de manière un peu surjouer. Encore une très bonne manière de mettre des mots, faire sortir ses émotions, avec des moyens d’enfant.

File dans ta chambre!

Une phrase que l’on a tous aux coins des lèvres, d’abord parce qu’on l’a mille fois entendu et qu’elle est rentrée dans nos mécanismes inconscients. Tu es énervé? tu m’exaspère? = file dans ta chambre! Je suis en pleine découverte de la parentalité positive en ce moment (grâce au nouveau chalenge du mois de mars de Clémentine la Mandarine) alors j’ai essayé de relire ce mécanisme pour voir s’il pouvait y avoir sa place ou non.

Sa chambre: sa maison dans notre maison.

Pour ma part, je considère vraiment la chambre d’un enfant comme son espace personnel à l’intérieur de l’espace familial. Dans sa chambre il va vivre  tout un tas d’expérience et de sentiments cumulés.  C’est là qu’il fera ses devoirs, c’est là qu’il recevra ses copains, c’est là qu’il se reposera…. c’est aussi là qu’il ira s’isoler pour se concentrer sur un jeux, pour vivre un secret loin de nous… ou se calmer quand la colère gronde ou simplement quand il sent le besoin d’être seul.

Cette capacité à s’isoler s’apprend et tous les enfants n’ont pas la même facilité. Dire à l’enfant que sa chambre est sa tanière, son refuge, son endroit “énergétique” où il peut se recharger, c’est important, c’est positif. L’inviter à aller dans sa chambre quand on voit qu’il a besoin de calme, me semble une très bonne idée, puisque cette pièce est celle qui lui ressemble le plus, où il a ses jouets préférés, ses doudous,etc. tout ce qui peut le rassurer, le calmer, lui changer les idées. C’est une pièce adaptée pour faire passer la colère. En plus elle devrait être  conçue pour être sans danger pour lui donc en cas de grosse furie, elle est la moins dangereuse.

sa chambre son coin tranquille

image Pinterest

Sa chambre pas sa prison!

Sauf que là aussi, la communication est essentielle: il y a différentes manières de dire à l’enfant d’aller se calmer dans sa chambre. “File dans ta chambre!” est une formule autoritaire qui prend vite la forme d’une punition. Même si c’est ce dont l’enfant a le plus besoin en ce moment (s’isoler) il risque de refuser juste pour continuer à s’opposer.

Ce que j’ai compris (en théorie car je ne suis pas encore passer à la pratique…) c’est que ce qui fonctionne le mieux pour calmer l’enfant pendant une colère est:

  • de le contenir, le câliner, lui faire voir qu’on l’aime pour qu’il “recharge ses batteries” en hormone du bonheur et face passer l’orage.
  • l’isoler dans un endroit calme, seul avec un adulte, pour qu’il ait moins de stimuli et puisse reprendre le contrôle de ses émotions
  • le distraire en lui parlant d’autre chose, en titillant sa curiosité ( à travers un jeux)
  • lui donner la possibilité de se défouler sans risquer de se faire mal (coussin de la colère, dessin, boules de papier…)

Toutes ces solutions pourront être mise en place dans sa chambre plus facilement qu’ailleurs… mais dans un premier temps l’enfant a besoin d’être accompagné pour pouvoir trouver des rituels de sorties. C’est donc avec son papa ou sa maman qu’il ira dans sa chambre. Y aller ensemble (sans s’énerver à notre tour) et non plus l’envoyer seul, voilà la distinction qui pourra faire la différence. Ensuite quand les rituels seront mis en place, il pourra les refaire seul.

L’infirmerie à émotions!

Pour terminer, je voulais partager avec vous cette vidéo sur l’étonnant travail de Sylvie Hazebroucq: l’infirmerie à émotions a été installé au Centre de Loisirs de l’école maternelle Jean Jaurès de Saint Ouen. C’est un espace un peu un l’écart où les enfants peuvent venir pour parler d’une émotion à travers des créations artistiques. Les témoignages des enfants dans la vidéo sont bluffants. je trouve l’idée vraiment très belle et je me demande si et comment on pourrait installer une telle infirmerie chez soi?

Si cette idée vous intéresse, sachez que Sylvie a, elle-aussi, un blog: le blog de Sylvette et a publié un cahier d’activités autour des émotions pour les enfants à partir de 4 ans “J’me sens bizarre” en collaboration avec LilyGinn  aux éditions Actes Sud Junior.

 

A vous la parole!

Aujourd’hui, j’espère que vous serez bavards car voici bien un domaine où l’on a tous des anecdotes à raconter, des astuces qui fonctionnent bien à partager, autant de bons conseils que je/ nous serons bien content de lire dans les moments difficiles. Alors je compte sur vous! Merci!

 

Et bien sûr pour finir, voici les liens vers tous les autres articles des “rendez-vous de l’enfance” sur le thème de la colère de nos enfants:

  • chez Zakfamily on parle de solutions pour faire sortir la colère avec la création de la boite à colère
  • chez Madame Guimauve, Elodie fait une mise en situation de maman et enfant en colère pour expliquer comment on en est arrivé là
  • chez The Brand New Mum, Rose nous explique comment elle gère les colères de son fils
  • chez Mimi Mistigri, Émilie décortique la colère en trois thèmes: « décrire la colère », « la faire sortir » et « après la colère »
  • sur Maman Autrement, Marion explique comment accompagner la colère de son enfant
  • sur Add Fun and Mix, Aurélie partage ses astuces pour calmer la colère de ses enfants
  • Sur Découvrir et Grandir, Amandine partage tout plein de bons conseils  sous forme de lecture, astuce et conseils maison.
    Sur Pomme en Bretagne, Aurélie étudie l’évolution de la colère au fur et à mesure que l’enfant grandit à travers son expérience avec ses trois pépins.
    Sur Drôle de Maman, Valérie donne des conseils en vidéo pour faire face aux colères de nos enfants.
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5 commentaires sur “File dans ta chambre! (La colère de nos enfants)

  • Lucie

    Merci pour cet article qui regroupe d’autres lectures ou video intéressantes.
    « Files dans ta chambre » j’avais presque oublié cette phrase que beaucoup de parents disent à leur enfant !
    Lorsque ma fille de 2ans et demi est en colère il es évident que ce dont elle a le plus besoin c’est d’être en présence de son parent, l’envoyer dans sa chambre serait dévastateur (je n’ose imaginer…). En effet dans ces moments souvent l’enfant nous repousse, fait mine de taper (voire tape), il veule qu’on s’éloigne mais surtout pas qu’on sorte de leur champs de vision (du moins ma fille vit les choses comme ça). Dans ces moments mon regard doux, mes mots, vont peut-être m’énerver encore plus. Puis sa colère redescend et pendant la descente je lui parle de nouveau et là en général elle me demande un câlin. Puis tout se calme et la joie va revenir.
    Par contre c’est différent lorsque moi je suis en colère aussi, en même temps. Là il est vrai que j’ai besoin d’isolement, d’air. Parfois je la rejette, elle me demandant ma présence pour gérer ma colère – moi ayant besoin ne plus la voir. Je m’isole mais la colère de la fille semble se transformer en peur, tristesse …
    « Files dans ta chambre » je pense que ce sont les parents qui devraient se le dire et s’isoler pour retrouver le calme. Un enfant a besoin d’un parent calme mais sûrement pas d’être repousser durant ce moment d’émotion …

    • Aurélie Auteur de l’article

      Oui je crois que c’est là toute la difficulté: rester calme! et ne pas garder de stress, de colère nous aussi quand la leur est passée. Ce n’est vraiment pas facile! Moi je souffle fort (comme le loup des trois petits cochons) ou je fais les cris des animaux, j’évacue et ça le fait rire, c’est donc doublement efficace pour me faire retrouver mon calme :)