Arrêter de lui dire « dépeche toi! » 2


Croyez-vous qu’il existe des civilisations complètement déconnectées de notre mode de vie et notre manière de consommer qui aient un rapport au temps vraiment différent? Croyez-vous qu’il soit possible de ne jamais dire ou même avoir envie de dire “dépeche toi!”? J’aimerai beaucoup enlever cette expression de mon vocabulaire et de ma relation avec mon fils (ma petite, du haut de ses 17 mois, est encore épargnée pour quelque temps) car je sais qu’elle est source de stress autant pour lui que pour moi. Pourtant, maintenant que j’y fais plus attention, j’ai vraiment l’impression de l’utiliser à longueur de temps même quand on est en vacances, même quand il n’y a pas vraiment d’urgence, juste parce que j’en ai marre de l’attendre.

Le rythme de l’enfant.

C’est étonnant quand même parce que j’ai un souvenir très clair de moi, enfant, à qui on répétait à longueur de temps de me dépêcher. Je ressens encore physiquement la boule que cela créait alors dans mon ventre. Cette expression, j’en suis convaincue, est toxique tout autant qu’inefficace. Dans mon souvenir je n’allais pas vraiment plus vite une fois que l’on m’avait sollicitée, c’était même plutôt le contraire ( ce qui avait bien sur le don d’agacer mon entourage!). Pourquoi devais-je me dépêcher? qu’y avait-il de si urgent après? Moi j’étais  bien là, dans l’instant présent, pas forcément envie de courir à l’après qui me semblait bien flou.

C’est sans doute cela que l’on oublie adulte: les enfants ont un rapport au temps complètement différent du nôtre. Après, c’est quand? c’est quoi? la  seule certitude qu’ils ont c’est le présent, alors ils profitent.

Apprendre à prendre notre temps.

Je crois que c’est d’abord une belle leçon de vie pour nous, adultes. Nous qui sommes toujours projetés dans le futur, nous devrions prendre ce temps avec eux et profiter du moment. Nous sommes ensemble et ça c’est chouette, alors est-il nécessaire de penser à l’après et s’y précipiter?

Oui, me direz-vous sans doute, parce que l’on a des obligations (dont eux, bienheureux, n’ont que vaguement conscience). Je vous propose donc deux exercices , pistes de réflexion pour voir si,malgré nos impératifs, nous pouvons èviter d’avoir à les solliciter ainsi:

1- Avant de dire à notre enfant de se dépêcher, réfléchissons d’abord à la nécessité de l’urgence. Est-il vraiment si nécessaire d’aller plus vite? C’est parfois le cas, effectivement, mais pas toujours. Auquel cas, essayons de patienter et même de s’interesser à ce qui les occupent tant,maintenant.

2-L’autre proposition est une gymnastique intellectuelle pour prendre davantage en compte le rythme de nos enfants (car on sait les périodes clés où ils vont être particulièrement lents) et décaler les choses pour pouvoir tout faire dans le calme. Cela voudra peut-être dire revoir les priorités. Par exemple, les soirs où on s’arrete prendre le goûter chez papi et mamie on ne prend pas de bain, ou quand on rentre du cours de piscine qui finit tard on passe prendre une pizza (déjà commandée). En fonction de l’age des enfants, je pense que ces petits aménagements peuvent tout à fait etre penser avec eux. Il y a des dépêche toi qui sont plus nocifs que d’autres, c’est donc cela qu’il va falloir essayer d’éliminer en premier.

Jouer pour les motiver.

Bien  souvent quand la “sauce monte” on oublie nos moyens et on s’énerve en oubliant l’outil numéro qui peut nous aider à sauver bien des situations avec les enfants: le jeu! Que ce soit pour s’habiller, ranger sa chambre, attacher sa ceinture en voiture ou marcher jusqu’à la pâtisserie, rien de mieux que le jeu pour les motiver. Cela peut être sous forme de course (entre eux ou avec nous), exercice physique (on marche à l’envers), chanson, devinette,etc.

Ce qui fonctionne aussi très bien c’est la responsabilisation. Lui dire que l’on a besoin d’aide, le rendre participatif et non plus emporter par un mouvement qu’il n’a pas bien compris.

Anticiper, expliquer, se projeter.

Mon fils adore aller à l’école, c’est le premier à courir en me disant “vite maman on va être en retard” dès lors qu’il a compris l’enjeu. Mais ça, c’est seulement une fois qu’on déposé sa soeur à la crèche. A la maison, il traîne les pieds pour mettre ses chaussures et son manteau. Il faudrait donc (tous les matins sans doute) que je lui explique ce que l’on va faire et l’interet de se préparer.  C’est lourd car cela se fait toujours un peu dans la course et j’ai sa petite soeur aussi à gérer, qui exige de sortir dès qu’elle est installée dans la poussette. Pourtant quand je prends le recul nécessaire (comme maintenant à écrire cela ici) je me rends compte que pour lui c’est necessaire et que cela me demanderai bien moins d’energie que de lui dire 15 fois “allez mets tes chaussures”, pour finir par lui mettre moi-meme.

“5 minutes et on s’en va”

J’ai introduit cette phrase dans mon quotidien, pour partir de chez des amis ou du parc par exemple et je dois dire que c’est très efficace. Meme s’il n’a pas encore de vraie notion du temps! Je le responsabilise, il a le temps de se faire à l’idée, de finir son jeu. Ses copains aussi se font à l’idée et souvent ce sont mes meilleurs alliés pour le motiver au moment du départ.

Donc finalement quand est-ce que le presse?

En fait là où je le solicite le plus à aller plus vite, c’est surtout quand je ne suis pas, moi-meme, dans de bonnes conditions. Par exemple quand je viens le chercher à l’école et que je crève de chaud dans mon manteau et que j’ai Stellina qui gigote dans tous les sens dans mes bras. Ou alors parce que c’est le soir, je suis fatiguée et j’ai envie qu’ils aillent se coucher pour retrouver un peu de calme (et là en général j’obtiens tout l’ìnverse!) ou alors parce que j’ai faim et que j’aimerais qu’il se mette à table pour qu’on puisse dîner.

En fait, en y réfléchissant, il faut admette que lui n’y est pour rien! Et que si moi j’étais dans de bonnes conditions, cela se passerait, à coup sur, beaucoup mieux. C’est dur de prendre le recul nécessaire et de ne pas foncer dans nos mécanismes mais si je prends le temps d’analyser ma situation et bien je peux trouver les solutions pour que tout se passe tranquillement: enlever mon manteau, manger un petit remontant, faire une mini séance de méditation,etc.

Le suivre dans son monde.

Parfois, c’est aussi l’inverse et je profite enfin d’eux. Un matin, on va être super en avance pour aller à l’école. Il va traîner au moment de mettre son manteau,mais au lieu de le speeder je vais prendre le temps (et l’energie) de rentrer dans son jeu. Je vais écouter l’histoire “essentielle” qu’il est en train de me dire, lui expliquer tranquillement que cette nuit je suis sûre qu’il a grandi et qu’il peut désormais mettre son manteau seul (et ça marche!). Ensuite on prendra le chemin de l’école tranquillement. Je me mettrais à chanter. Content, il saura que la journée sera bonne et se mettra à chanter avec moi. Stellina dans sa poussette battra le rythme avec ses mains. Et quand il se mettra à courir en sortant de la crèche, je lui dirais qu’aujourd’hui on n’a pas besoin de se presser, qu’on a tout notre temps. Je lui raconterai l’histoire de Mowgli, en faisant exprès de me tromper pour qu’il me corrige, ou on regardera les feuilles poussées. Et quand je le laisserai pour sa journée, je serais bien, pleine d’une énergie positive, deux fois plus grande et riche que celle dépensée à rentrer dans son monde.

Courir, un automatisme à casser.

Etre pressée, je n’aime pas ça. Je n’ai pas besoin d’avoir un emploi du temps débordant pour me sentir bien, au contraire J’aime prendre mon temps et profiter de la vie. Pourtant, voilà, notre société, notre mode de vie, nous pousse toujours plus vite et nous impose son rythme. Sortir de cette course demande un effort, de casser certaines habitudes, de s’inventer d’autres solutions, de revoir nos priorités. J’ai désormais compris, que pour moi, comme pour ma famille, cela va devenir notre priorité: ralentir, sélectionner et ainsi profiter. Cela ne sera pas facile mais chaques petits pas que je fais dans cette direction me donne la conviction d’aller faire le suivant.

A vous la parole.

Et vous? Comment gérez-vous le rythme de vos journées avec vos enfants?  Quelles sont vos solutions pour les motiver et ne pas avoir à les presser sans cesse? Et, au contraire, quelles sont les situations qui sont les plus difficiles à gérer au niveau du rythme et qui finissent souvent en crise? Partagez avec nous vos expériences ici et pour faire partie de la communauté des parents qui cherchent à ralentir le rythme pour profiter de leurs enfants inscrivez vous ici.

Salva

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2 commentaires sur “Arrêter de lui dire « dépeche toi! »

  • Montoliu

    Salut Aurelie, c’est drôle je réfléchissait justement il y a quelques temps à cette notion, ralentir, profiter… Prendre le temps de lire tes articles et pas seulement le titre!
    Pour ma petite expérience, je ne dit jamais dépêche toi, ce qui même pour moi ne veut rien dire! Alors je dis « tout de suite » ça a l’air un peu directif, mais c’est beaucoup plus clair pour ma poupette, qui peut, après avoir mis ses chaussons, son manteau, ranger ses livres… Se remettre à rêvasser!

    • Aurélie Auteur de l’article

      Ha ha! je suis contente que cette fois le titre t’ait donné envie de lire tout l’article et meme de laisser un commentaire ;)